30ème dimanche du temps ordinaire – 25 octobre 2026
Homélie pour le 30e dimanche du temps ordinaire, 25 octobre 2026 (Mt 22, 34-40).
Notre société est aux prises à de grandes tensions. Il y a de la colère, de la peur.
Aucun début d’échange, de dialogue ne paraît possible. Chacune, chacun campe sur ses positions.
Ces tensions, nous pouvons les connaître parfois en famille, dans un cadre professionnel, associatif.
Dans de telles circonstances que veut dire, comment entendre, comment mettre en pratique ce double commandement de l’amour de Dieu et du prochain ?
Plusieurs points.
Le premier est que cette expression de la pointe fine de la loi et des prophètes se fait dans un contexte de forte opposition.
Celui qui interroge Jésus a l’intention de le mettre à l’épreuve. Jésus avait reproché, c’était dimanche dernier, aux pharisiens leur hypocrisie. Il fait le choix ici de ne faire aucun reproche.
C’est une première leçon que nous pouvons retenir. Pour renouer le dialogue, quelqu’un doit mettre de côté sa rancœur pour oser la discussion. Jésus choisit. J’insiste, c’est un choix, de répondre à la question sans colère.
Le second point est donc la réponse de Jésus. Nous la connaissons. Je veux souligner la qualité de sa réponse, sa profondeur. Elle s’impose par cette qualité, cette profondeur. Deuxième leçon donc, dans un conflit, les échanges sont partisans. L’objectif est d’avoir raison contre. Ici, Jésus a un propos qui n’est pas partisan de par sa profondeur et son intelligence. Nous pouvons espérer, dans des situations de grande tension, que des personne tiennent un propos qui fait consensus par sa qualité. Ou nous-même, nous pouvons tenter de dire des mots qui peuvent faire consensus en allant au delà de notre position partisane.
Le troisième point concerne le double commandement de l’amour de Dieu et du prochain. Pardonnez-moi cette lapalissade mais il est double. Quand je cherche à aimer mon prochain, à le respecter même et que je n’y arrive pas, je suis en défaut sur une partie de la loi.
Mais la seconde partie n’est pas annulée. Aimez Dieu est toujours possible en toute circonstance. Alors attention pas comme prétexte à se donner bonne conscience. J’aime Dieu donc finalement c’est pas si mal. Non. J’aime Dieu ainsi il est une ressource inépuisable même si je n’arrive plus à aimer mon ennemi. Car, c’est l’enjeu, aimer nos ennemis. Dieu est fidèle même si je ne le suis pas…
Quatrième point.
En quoi consiste ce commandement de l’amour de Dieu ? Et bien à écouter sa parole. S’obliger à mettre de côté ses convictions et écouter la parole de Dieu. L’exemple que je donne est un peu facile mais écouter sa parole c’est entendre ce que dit le livre de l’Exode sur l’étranger.
« Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas, car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d’Égypte.» (Ex 22,20)
Mais aussi sur les personnes isolées :
« Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin.
Si tu les accables et qu’ils crient vers moi,
j’écouterai leur cri.» (Ex 22,21-22)
Mais aussi sur le rapport à l’argent :
« Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil.» (Ex 22,26)
Ainsi aimer Dieu, c’est l’accepter comme notre premier enseignant, comme éventuellement notre premier adversaire, premier ennemi.
Je disais que l’exemple que je donne était facile.
Notre rapport aux étrangers et donc aux migrants doit être complété. C’est l’enseignement sociale de l’Église qui se propose de le faire. Mais ce que dit le livre de l’Exode est la matrice d’une politique juste selon la Parole de Dieu.
Dans le commandement de l’amour de Dieu, cinquième point, il y a une autre dimension, celle du silence amoureux.
Le silence ne faire entendre que la prière du cœur. Jésus fils du Dieu vivant, prend pitié de moi pêcheur… Et silence…
Dans ce silence, nous pouvons penser que celui qui me commande d’aimer m’aime…
Et il aime tout autant mon prochain qui parfois est mon ennemi.
En fait, sixième point, dans ce double commandement, nous sommes trois. Dieu, le prochain et soi-même, moi. Trois évite une situation binaire, de confrontation. Moi contre toi. Non. Moi qui veut aimer Dieu qui me commande de t’aimer.
Dernier point, qui est mon prochain ?
Pour illustrer ce même double commandement, saint Luc nous présente Marie en extase devant Jésus, illustrant ainsi de l’amour de Dieu.
Mais avant il raconte la parabole du bon samaritain, cet homme qui s’occupe d’un homme tombé à terre qu’il ne connaît pas. Pourquoi ? Parce que la loi qui l’anime intérieurement lui dit que cet homme, c’est lui. Cette loi, c’est celle de l’empathie : “comme soi-même.”
L’évangile nous enseigne que Jésus agit par et avec compassion. Nos compassions sont sélectives. Nous les rangeons vite du côté des bons sentiments pour passer aux choses sérieuses. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. En notre cœur, Dieu a déposé le désir d’aimer, lui et notre prochain avec un bon critère comme nous-mêmes. Et si nous faiblissons, le prophète Ézéchiel nous rappelle que Dieu ne faiblit pas :« Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair.» (Ez 36, 26)
L’amour du prochain est le miroir de l’amour de Dieu. « Si quelqu’un dit : “J’aime Dieu”, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur; car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ? » (1 Jean 4:20) nous dit saint Jean.
Résumé : dépasser la rancœur, profondeur, aimer Dieu dans le silence de la prière et écouter sa Parole, laisser la compassion nous travailler.
Je termine par une image.
Ces deux préceptes de l’amour de Dieu et du prochain sont comme les deux gongs d’une porte. Elle est suspendue à eux l’un en bas, l’autre en haut. Une porte ne tourne pas sur un seul gond.

Bruno MILLEVOYE
Prêtre du Diocèse de Lyon