Fête de la Toussaint – 1er novembre 2026
Toussaint 2026 (Mt 11, 28)
Je suis frappé par le contraste entre ce que nous célébrons aujourd’hui dans nos églises et ce que nous vivons en ce moment dans les rues. La Toussaint semble complètement décalée avec ce qui occupe les médias et les réseaux sociaux depuis des semaines. Lorsque le pape Léon est venu en France il y a un peu plus d’un mois, c’était un état de grâce. Trois semaines après, le 17 octobre, c’est devenu un état de siège. A la veillée des jeunes, au Stade de France, il y a eu la litanie des saints de France, et une longue procession des bannières et des reliques des saints ; il y a eu une longue et joyeuse procession des catéchumènes d’Ile de France. Et tout le week-end ce furent des rassemblements nombreux et paisibles à Paris, à Lourdes et à Metz. Depuis plusieurs semaines, en marge de manifestations qui pourraient être paisibles, nous voyons se manifester de la haine, de la violence. Nous voyons des visages masqués. Et hier soir, pour la fête d’Halloween, qui est une anti-Toussaint, les masques des casseurs se confondaient avec les masques d’Halloween. C’est le même attrait, la même fascination pour la mort, qui peut habiter le cœur de chacun, qui prend une forme ludique à Halloween et qui prend une forme violente chez les casseurs.
Alors que signifie dans ce contexte fêter la Toussaint ? Cela signifie choisir la vie plutôt que la mort. Cela signifie choisir l’amour plutôt que la haine. Cela signifie montrer des icônes plutôt que des masques. Qu’est-ce qu’une icône, telle qu’on en vénère depuis des siècles en orient et depuis peu en occident ? Une icône, c’est le visage d’un homme ou d’une femme qui laisse passer la lumière de Dieu. La première des icônes est celle du Christ, parfaite image de Dieu, rempli de l’Esprit Saint. Il est Dieu uni à l’homme, il est l’homme uni à Dieu. Alors le peintre d’icône s’attache à manifester la lumière qui est à l’intérieur de lui. Le visage couleur de terre prend vie avec une lumière qui semble venir de l’intérieur, une lumière qui ne fait pas d’ombre. Et les saints sont représentés selon le même principe, puisque la sainteté c’est la lumière de Dieu qui pénètre le cœur d’un être humain et qui rejaillit sur son regard, sur ses pensées, ses paroles et ses actes.
La Toussaint est la fête de la lumière. La lumière de Dieu qui remplit le cœur de l’homme. Elle est la manifestation de ce que Dieu peut faire avec nous, ce qu’il peut faire de nous par son Esprit Saint. Les saints sont des icônes de la présence de Dieu dans notre monde. Et nous n’en manquons pas, à toute époque de notre histoire. Et ils sont aussi divers dans leur personnalité, dans leur culture, que nous le sommes nous-mêmes. Chacun a quelque chose à dire de l’amour de Dieu, de sa puissance dans la faiblesse, de la vérité de l’Évangile et en particulier des Béatitudes que nous venons d’entendre. Chacun peut dire comment dans sa vie Dieu a été victorieux du péché, des épreuves de toutes sortes, comment Dieu a été leur force, comment il a été leur espérance et leur joie.
La Toussaint est la fête de la vie, victorieuse de la mort. Elle est la fête de l’amour victorieux de la haine et de toutes les violences. Elle est la fête de la beauté des cœurs et des visages, lorsqu’ils sont remplis de Dieu.
En fêtant la Toussaint, nous ne nions pas tout ce qui pousse tant de gens à manifester leur colère ou leur souffrance. Mais nous disons que la solution n’est pas dans les invectives qu’on se lance d’un camp à l’autre. Elle n’est pas dans les violences verbales et physiques, elle n’est pas dans le désir de détruire l’autre. Elle est dans l’écoute de l’autre, dans la recherche commune de la justice. Les Béatitudes ne sont pas un programme politique. Mais elles sont la promesse et le chemin d’un monde nouveau, que Jésus appelle le Royaume des cieux. Un monde nouveau qui certes ne peut pas s’accomplir pleinement en ce monde, mais qui doit germer en ce monde.
Les béatitudes ne sont pas pour un monde idéal. Jésus n’est pas venu dans un monde idéal. Il est venu pénétrer notre violence de son amour. Il est venu traverser notre mort pour y mettre sa vie. Les saints n’ont jamais vécu dans une époque idéale. Ils ont témoigné de la puissance des béatitudes pour inscrire, dans ce monde avec ses mensonges et ses violences, la dynamique du monde nouveau.
En fêtant la Toussaint, nous ne nous mettons pas en dehors du contexte difficile de notre société. Nous en épousons les mouvements, chacun selon nos convictions. Mais nous croyons que la vérité de l’homme et son bonheur ne peuvent être que dans la transformation des cœurs. Heureux les cœurs de pauvres, les cœurs purs, les doux, les artisans de paix, les miséricordieux, les assoiffés de justice. Et même s’ils sont persécutés pour la justice ou même pour le nom de Jésus, même s’ils pleurent avec ceux qui pleurent, ils sont des lumières pour le monde d’aujourd’hui, ils sont des icônes du monde nouveau.
+ Thierry BRAC DE LA PERRIERE