18ème dimanche du temps ordinaire – 2 août 2026

Dans Homélies

Homélie, 18e dimanche du temps ordinaire (Mt 14, 13-21)

Nous n’assisterons pas à une multiplication des pains dans les prochains jours. Par le seul moyen de la prière, nous ne résoudrons pas le scandale de la faim dans le monde. Nous pouvons nous lancer dans une discussion sur ce miracle et les miracles de Jésus que nous rapportent les Évangiles, c’est vrai, c’est faux, c’est une façon de parler…

Je vous propose une autre piste, une piste sûre et fructueuse, celle que nous fait entendre le prophète Isaïe :

“Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses…”

C’est dans cette tradition, cette mémoire du monde juif que ce récit évangélique s’inscrit.
La mémoire du monde juif est habitée d’un bout à l’autre par 2 moments qui se répondent, celui du don parcimonieux de la manne dans le désert de l’exode au banquet final dans le Royaume à la fin des temps.

Un survol rapide de cette tradition, de cette mémoire.

Avant la manne, les pains sans levain nécessaire pour fuir l’Égypte et l’esclavage.

David, figure du Messie qui rassasie son peuple : 2S6, 19 Il fit une distribution à tout le peuple, à la foule entière des Israélites, hommes et femmes : pour chacun une galette de pain, un morceau de rôti et un gâteau de raisins.

Élie (1 Rois 17) : Dieu lui ordonne de se cacher près du torrent de Kérith et mandate des corbeaux pour lui apporter du pain et de la viande, matin et soir.

Élisée (2 Rois 4, 42-44), qui nourrit miraculeusement une centaine d’hommes à partir de seulement vingt pains d’orge et quelques épis.

Jésus dans l’évangile de Jean qui déclare (Jn 6,51) : « Je Suis le pain vivant descendu du ciel qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle »

L’institution de l’eucharistie avant sa passion. Désormais à nos messes, cette consécration du pain et du vin par les paroles dites par le prêtre : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang ».

En répondant à ses disciples « donnez-leur vous-mêmes à manger », Jésus s’inscrit dans cette tradition et cette mémoire. Comment de récit de la 1e multiplication des pains enrichit cette tradition, cette mémoire ?

Je vais me focaliser sur 2 points.

Le premier : « Donnez-leur vous-même à manger. »

Alors que les disciples veulent se défausser, ils sont devant l’impossibilité de nourrir cette foule, Jésus les appelle à cette responsabilité « Donnez-leur vous-même à manger. »

Mais comment leur permet-il d’exercer cette responsabilité ? C’est mon 2e point.

Toute l’action de Jésus s’articule autour d’une bénédiction.

C’est exactement la liturgie de l’autel à toutes les messes, nous apportons les fruits de notre travail qui sont bénis comme les disciples apportent 5 pains et 2 poissons.

La bénédiction dans la tradition juive porte le nom de Berakah. Quelle est sa logique ?
Elle exprime un échange, une alliance entre l’homme et Dieu.
Elle nous fait passer du « moi » tout puissant à Dieu tout puissant, reconnu Seigneur de toutes choses.
Elle nous fait passer de la possession à la dépossession. Ce que j’ai devient une offrande dont je me sépare.
Elle transforme des biens dont l’utilisation peut être égoïstes au respect de leur intentionnalité voulue par Dieu. Un don.

Au final 5 pains et 2 poissons deviennent un bien pour tous.

La prière de bénédiction, « berakah », révèle un chemin spirituel où l’homme s’ouvre à Dieu en reconnaissant sa souveraineté et en accueillant la création comme un don.

Nous pouvons la mettre en œuvre chez nous, en famille :
Seigneur nous te remettons notre journée. Tout cela maintenant est à toi. Fais-en ce qu’il te plaira.

La bénédiction est évidemment communautaire à la messe avec tout le sens qu’elle a pris dans l’institution par Jésus de l’Eucharistie.

Pensons aussi au notre père : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. »

Bénir Dieu pour recevoir comme un don ce que nous possédons et entendre la responsabilité de donner nous-mêmes à manger.

Bruno MILLEVOYE
Prêtre du Diocèse de Lyon

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