21ème dimanche du temps ordinaire – 23 août 2026
Homélie, 21e dimanche du temps ordinaire (Mt 16, 13-20)
Mon homélie se fera par petites touches, 5 précisément
La première est géographique.
C’est à Césarée de Philippe que Jésus interroge ses disciples : « Pour vous, qui suis-je ? »
Ce lieu est connu aujourd’hui sous le nom de Banias. Il est situé sur le mont Hermon au Liban, à la source de la rivière Baniyas, près d’une des sources du Jourdain.
Nous sommes au nord. Le fleuve Jourdain va couler vers le Sud et finir sa course dans la mer Morte. Jésus y a été baptisé par Jean-Baptiste. Les armées de Josué l’ont traversé pour entrer en terre promise. Le Jourdain termine donc sa course dans une mer morte. Aucun être vivant ne peut y vivre. L’eau qui a donné la vie est absorbé par la mort comme Jésus.
2e petite touche, je m’intéresse à l’expression « Fils de l’homme. » « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? »
Jésus se présente ainsi dans les 3 Évangiles. Quel est le sens de cette expression ?
Il est double.
Il a un sens ordinaire, fils d’un homme, d’une femme, enraciné dans une descendance, attaché à une famille, d’un village, avec un métier, des amis, bref l’un d’entre nous.
Mais il fait entendre autre chose Le fils de l’homme désigne aussi un personnage mystérieux qui apparaît dans les récits apocalyptiques. Par exemple le livre de Daniel au chapitre 7.
Dn7, 13 : « Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; … 14 Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.»
Fils de l’homme peut être compris dans un sens ordinaire et dans un sens extraordinaire. comme ce personnage que tout juif connaît qui domine au nom de Dieu.
Ce double sens, ordinaire et mystérieux est bien évidemment voulu.
3e touche Les réponses des disciples puis de Pierre
Jean Baptiste, Élie, Jérémie, un autre prophète. Les gens ont compris que Jésus est un serviteur de Dieu et qu’il s’inscrit dans la lignée des prophètes. Si Jérémie est mentionné, c’est qu’il a souffert à Jérusalem.
La réponse de Pierre est la plus complète : « Tu es le Christ le fils du Dieu vivant. »
J’ai appris il y a peu de temps que les orthodoxes avait l’habitude de faire la prière du cœur et qu’il répétait, comme on dit le chapelet, cette expression “Jésus-Christ fils du Dieu vivant, Prends pitié de moi”
Elle fait entendre que Dieu n’est pas un concept mais le vivant.
4e petite touche : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église »
Il y a en grec, la langue de l’Évangile, un jeu de mot que nous ne pouvons pas entendre.
Tu es Pierre, en grec Petros (πέτρος) qui signifie caillou. Puis sur cette Pierre est en grec Petra (πέτρα) qui signifie le roc invulnérable.
L’intérêt du jeu de mots est donc d’opposer le caillou fragile qu’est Pierre, mais qui de par sa profession de et la confiance qu’il met en Dieu en Jésus, devient le roc sur lequel se construit l’Église
Le vulnérable et l’invulnérable seront associés pour que l’Église s’édifie.
Une dernière touche : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. »
Il y a un autre moment de l’évangile de Matthieu où Jésus emploie une expression similaire. En avez-vous une petite idée ?
C’est au chapitre 11 : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. »
La mission de Pierre et de l’Église ont comme fondement une révélation qu’il aurait été confiée de façon totalement gratuite par Dieu et parce qu’ils étaient tout petits.
C’est en vivant nos missions dans la même conscience que ce que nous pouvons dire de Dieu Nous est confié par lui gratuitement que nous saurons participer à la construction de l’Église.
Bruno MILLEVOYE
Prêtre du Diocèse de Lyon