3ème dimanche de Pâques – 19 avril 2026

Dans Homélies

3e dimanche de Pâques, 19 avril 2026 (Lc 24, 13-35)

A la fraction du pain

Il est raisonnable de penser, sans certitude absolue, que l’évangile de Luc et le livre des actes des apôtres ont un seul et même auteur ou une même tradition littéraire qui a rédigé ces textes dans les années 80 après la destruction de Jérusalem en 70 par les armées romaines de Titus.

J’ai donc mis en parallèle la première lecture qui nous situe après l’Ascension et la Pentecôte et nous fait entendre le discours de Pierre et l’Évangile qui nous transporte le jour même de la résurrection, le premier jour de la semaine.

Avec l‘idée que ce parallèle peut nous aider à accueillir, méditer, approfondir l’évènement de la résurrection de Jésus Christ. Celui qui était mort Dieu l’a ressuscité.

(Le premier jour de la semaine, un parallèle avec l’évangile de Jean serait aussi passionnant mais je le laisse de côté.)

Le premier jour de la semaine donc 2 disciples se rendent à Emmaüs. Ils parlent entre eux, Jésus les rejoint sans qu’ils le reconnaissent. Ils parlent entre eux et Jésus finit par leur enseigner ce qui le concerne.

Ce qu’il dit est très certainement ce que dit Pierre aux juifs et à tous ceux qui résident à Jérusalem 50 jours plus tard.

Je ne rentre pas dans les détails mais il y a les mêmes éléments : l’Écriture, ce qui s’est passé à Jérusalem et qui a conduit à la mort de Jésus, l’esprit qui donne l’intelligence et que n’ont pas encore les deux disciples et le cœur qui n’est pas non plus encore tout brulant.

Nous avons tout le nécessaire en tout lieu et en tout temps pour approfondir le mystère de la résurrection et reconnaitre Jésus présent et vivant : l’écriture, l’événement lui-même, l’esprit d’intelligence et le cœur.

Il manque un élément essentiel à ce nécessaire. Quel est-il à votre avis ?

… La fraction du pain.

Nos 2 disciples dont l’un s’appelle Cléophas invitent celui qu’ils n’ont pas encore reconnu mais dont ils ont aimé l’enseignement à rester avec eux et ils l’emmènent au bistrot.

Il y a et c’est bien compréhensible beaucoup de discussions, de controverses autour de l’eucharistie, la présence réelle, un sacrement, un signe, un symbole, différentes théologies, ce que pense les protestants. On appelle au secours Saint Thomas d’Aquin sans l’avoir jamais lu…

L’Église dans sa sagesse nous invite au bistrot les dimanches le premier jour de la semaine sans nous faire passer un examen de nos connaissances.

Profitons de cette scène de l’Évangile de Luc pour gouter au mystère de l’Eucharistie :

Je lis :
« Quand il fut à table avec eux ayant pris le pain il prononça la bénédiction. L’ayant rompu le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent. Mais il disparut à leur regard… »

Un élément matériel, un geste, une bénédiction, un don et les yeux s’ouvrent, ils le reconnaissent mais Jésus disparait.
Ce n’est pas fini.

« Ils se dirent l’un à l’autre, notre cœur n’était-il pas tout brûlant en nous tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? À l’instant même ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils trouvent les onze qui leur disent le seigneur est ressuscité. Eux leur racontent comment le Seigneur s’est fait reconnaitre à la faction du pain.»

Puisque je vous ai proposé un parallèle avec le livre des actes, celui-ci parle-t-il de la fraction du pain ?
Oui. C’est cette même expression qui est utilisé dans les actes des apôtres

Après le discours de Pierre que nous avons écouté, après de nombreuses conversions de ceux qui avaient le cœur bouleversé, quand il s’agit de parler de la première communauté chrétienne, Luc nous dit : « Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, à la fraction du pain. » (Ac 2,42)

Le mystère de l’eucharistie est en même insaisissable et celui qui nous met en présence de Jésus ; un cœur en attente, plein d’interrogation et un cœur brulant ; un instant de plénitude et celui qui nous fait nous lever et témoigner.

Il y a un chant inspiré de Saint François d’Assise, «Regardez l’humilié de Dieu » avec un couplet qui nous dit que Jésus se cache dans une petite hostie de pain…

Vive discussion : gnian gnian, chosifiant, simpliste ou au contraire expression du mystère qui nous dépasse.

En tout cas, c’est au bistrot que Cléophas et son copain reconnurent Jésus à la fraction du pain, autour d’une table. La table qui nous réunit tous les dimanches, le premier jour de la semaine. Après avoir écouter les Écritures, le prêtre prend le pain, le béni et nous le donne.

Bruno MILLEVOYE
Prêtre du Diocèse de Lyon

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