1er dimanche de carême – 22 février 2026
Introduction
L’Évangile d’aujourd’hui nous ramène quelques semaines plus tôt, à la sortie du baptême de Jésus. À peine révélé comme Fils bien-aimé du Père, Jésus est conduit au désert pour jeûner et être tenté.
Le mot péché est très présent dans les textes d’aujourd’hui.
Pour certains d’entre nous, il renvoie l’écho d’une culpabilisation permanente. Et pourtant se reconnaître pécheur, se confesser, ce n’est pas s’enfermer dans la faute, c’est :
ouvrir au salut, les abîmes de mon âme.
C’est ouvrir en moi les pièces sombres et noires, pour permettre à la lumière d’entrer, et laisser la grâce agir.
Comme le dit le psalmiste :
“Lave-moi tout entier de ma faute.” Et plus loin nous en donne les fruits : “Rends-moi la joie d’être sauvé.”
L’Évangile d’aujourd’hui nous apprend à mieux connaître cette lumière et à mieux connaître le Fils de Dieu.
Car le Carême ne nous recentre pas sur nous-mêmes, mais sur Dieu.
À travers les trois tentations, Jésus nous donne les clés pour découvrir qui il est vraiment : le Fils de Dieu qui m’aime au point de donner sa vie pour moi.
Première tentation : le pain – le besoin primaire
Jésus a faim.
Une question surgit par cette tentation : Dieu est-il un distributeur illimité de nourriture ? et -il là pour satisfaire à mes besoins ?
Oui, Dieu prend soin de notre vie et nous le prions chaque jour : “Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.” Jésus n’a-t-il pas multiplié les pains ?
Pourtant cela ne suffit pas, après la multiplication des pains il nous enseigne que le véritable pain, c’est sa Parole et son Corps donné.
Moïse a attendu 40 jours pour recevoir les dix paroles.
Moi, combien de temps est-ce que je consacre à la Parole de Dieu ?
Petit sondage : Qui mange au moins une fois par jour ?
Est-ce que je nourris mon âme par la Parole autant que son corps ?
J’ai vécu cette expérience de découverte sur les chemins de Saint-Jacques, en me laissant porter par la providence pour la nourriture et le logement.
Ce détachement m’a permis de découvrir, à travers de belles rencontres, un Dieu qui nourrit mon âme, non pas selon mes désirs mais selon ce qui me fait vivre.
Saint Augustin dit : “Le Seigneur a eu faim, afin que l’homme affamé n’abandonne pas Dieu.”
Dieu ne nourrit pas uniquement mon corps mais, par mon corps, il nourrit mon âme.
Clef P : Parole – écouter sa Parole
Deuxième tentation : se jeter du Temple – la souffrance
Dieu est-il un magicien qui pourrait éviter toute souffrance ?
Un signe grandiose et tout est réglé plus de souffrance.
Cette tentation, Jésus la revit au pied de la croix : “Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix.” Pourquoi Dieu n’intervient-il pas pour enlever la souffrance ?
Jésus répond par l’acceptation de la croix :
“Père, éloigne de moi cette coupe… non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.” “Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? … Je remets mon Esprit entre tes mains.”
Ce n’est pas dans le pouvoir que Dieu se révèle.
Le prophète Élie après avoir marché 40 jours dans le désert, ne trouvera pas la présence de Dieu dans le tonnerre mais dans le souffle à peine perceptible d’une brise légère.
Saint Grégoire le Grand nous indique : “Tenter Dieu, c’est vouloir éprouver sa puissance plutôt que s’abandonner à sa volonté.”
Mais lui, il a choisi de prendre sur lui nos souffrances : physique, psychique, l’abandon, et la mort.
Comme le psaume du bon berger nous le fait vivre : “Quand je traverse les ravins de la mort je ne crains aucun mal, car tu es avec moi’
Dieu n’est pas celui que l’on teste, mais celui qui vit nos épreuves avec nous.
Clé E : Émerveillement – reconnaître la présence discrète de Dieu
Troisième tentation : les royaumes – le pouvoir
Dieu est-il un Dieu de pouvoir qui choisit de dominer le monde ? Satan propose à Jésus tous les royaumes en échange d’adoration.
C’est le même mécanisme qui a conduit Adam et Ève au péché : vouloir devenir comme Dieu, s’élever au-dessus de Lui.
Pour Saint Grégoire de Nazianze, le Christ n’est pas venu pour établir un pouvoir humain mais pour accomplir le salut.
Et Saint Thomas d’Aquin poursuit : “Le Christ n’est pas venu pour établir un royaume temporel, mais conduire les hommes au Royaume Céleste.
Goliath défie Israël pendant 40 jours, s’appuyant sur la force. Et c’est David, humble berger, qui triomphe.
Par son refus, Jésus montre que le pouvoir appartient à Dieu seul. L’adoration véritable n’est pas de la soumission, ni de la recherche de puissance, mais une adoration contemplative, accueillant Dieu tel qu’il est, même dans la souffrance.
Clé C : Contempler – contempler Dieu qui nous aime jusqu’au bout
Conclusion
Les tentations sont une falsification de la relation à Dieu. Il nous faut refuser l’image d’un Dieu :
- utilitaire,
- spectaculaire,
- dominateur.
Accueillir la Parole, s’émerveiller des signes discrets, contempler Celui qui a tout donné. Pendant le Carême, prenons 5 à 10 minutes pour le PEC :
- Parole,
- Émerveillement,
- Contemplation.
Renouer avec la confession, s’exposer à la miséricorde de Dieu sans condition.
Je nous propose pendant le carême de prendre 5-10 minutes pour le PEC : chaque jour pour écouter sa Parole, s’émerveiller des signes discrets dans notre vie, le Contempler.
N’hésitons pas à nous confesser pour goûter sa miséricorde qui nous sauve.
Le Carême, c’est découvrir non pas le Dieu que je voudrais qui soit, mais Dieu tel qu’il est.
Cyril Malecot, diacre.